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La petite menteuse - Pascale Robert-Diard

Photo du rédacteur: deslivresetmoi72
deslivresetmoi72
il y a 2 heures
4 min de lecture

Petit livre acheté grâce à sa présentation succincte sur un petit carton dans ma librairie de référence. C’est un premier roman, court mais dense…et qui m’a laissé sur ma faim à la fin. J’aurais voulu qu’il continue et apporte plus de réponses… Hormis ce bémol, j’ai vraiment aimé La petite menteuse, dès les premières pages.

Pour le présenter, rien de mieux que le titre car c’est effectivement l’histoire d’une petite menteuse, le mensonge en question ayant emmené un homme en prison. Quand on lit cette phrase, on a aussitôt des réflexes, une envie de crier à l’injustice, de réclamer une condamnation pour cette fausse accusation…Mais tout n’est pas si simple et ce roman le démontre à tous les niveaux : une victime pas si innocente, un accusé pas si coupable, mais la menteuse n’a peut-être pas tout inventé….Le récit explore toutes cette complexité entre mensonges et vérités, interprétations, points de vue, le tout devant une cour d’assises.

 

 

Extrait page 13

Douze ans. Les verdicts sont toujours trop lourds quand on est en défense. Mais bon, un accusé qui boit trop, a le vin mauvais, cogne son chien et manque de peu de tuer son voisin en tirant sur lui un soir de match de foot parce que le son de la télé est trop fort, il faut bien admettre que tout le monde s’en fout. Même Lavoine, le journaliste, n’est pas resté jusqu’à la fin. Demain, la vie de Gérard occupera dix lignes dans les pages locales.

 

Extrait page 27

Théry avait obtenu quelques acquittements retentissants, son nom circulait de taule en taule, le cabinet tournait bien. Les gros voyous de la région se l’arrachaient, il raffolait de son personnage de dynamiteur qui effrayait les magistrats. Puis son étoile avait pâli, sa femme l’avait plumé avant de le quitter et il terminait sa carrière comme il l’avait commencée, avec une clientèle de petits trafiquants de stups, de maris violents, de pères abuseurs et de violeurs, qui ne le payaient guère et dont il bâclait la défense. Il était aigri, ne supportait pas de voir les beaux dossiers lui échapper au profit de ceux qu’il avait formés et ne manquait jamais une occasion de leur rappeler ce qu’ils lui devaient. "Merci qui ? » lançait-il à Alice quand elle se félicitait d’un bon résultat. Vec le temps, elle s’était fatiguée de ses rodomontades, mais elle lui gardait un zeste de tendresse filiale.

 

Extrait page 61

Les couplets de Bénabar roulaient en écho dans la tête d’Alice. « Je n’étais pas de celles / A qui l’on fait la cour / Moi j’étais de celles / Qui sont déjà d’accord. »

Lisa continuait de parler. Son visage changeait sans cesse. Il était comme ces paysages qui défilent à travers la vitre d’un train, tour à tour tourmentés et sereins, vastes et étrécis. Alice remarqua la fine cicatrice en flocon de neige que la varicelle avait laissée entre ses sourcils, juste à l’aplomb de l’arête du nez. Sa fille Louise avait la même. Une trace d’enfance, mais l’adolescence était gommée.

 

Extrait page 82

Les moments solennels ne sont jamais comme on les imagine. Une fille tout juste adulte jouait une part de sa vie en revenant sur les accusations qui valaient à un homme d’être emprisonné et Alice ne savait plus quoi dire. Elle n’avait qu’une envie : la voir prendre son sac à dos et partir. Tout s’emmêlait. Le sentiment d’urgence qu’elle éprouvait à l’idée qu’un homme avait été condamné à tort. L’exaltation de contribuer à réparer une erreur judiciaire. La crainte sourde de l’épreuve qui attendait Lisa. Saurait-elle la protéger de la tempête que sa lettre allait déclencher ? Tout était si ténu. Mais l’affaire était belle. Il n’y en avait pas tant, des comme ça, dans une vie d’avocate.

 

Extrait page 96

Adèle lui avait lancé un regard soupçonneux.

-          Ah ! Parce que c’était mieux avant, quand on ne les croyait pas ? Eh bien moi, je préfère cette époque, où on croit les filles et les femmes qui dénoncent les viols qu’elles subissent. On ne ment pas sur une affaire aussi grave. C’est impossible. Elle n’aurait jamais accusé un homme pour rien. Les femmes battues aussi retirent leurs plaintes. Et pourtant, elles sont victimes.

-          Impossible ? Pourquoi ce serait impossible ? Comment peux-tu affirmer une chose pareille ? Tu vois, j’ai trente ans de métier. Et permets-moi de te dire que, s’il y a bien une chose que je sais, une seule, c’est qu’il faut se méfier de ses certitudes.

 

Extrait page 99

Alice avait gagné sa place, c’était sa fierté. Si les autres conditionnaient de se lamenter sur leur sort de collaboratrices invisibles du patron alors qu’elles faisaient tout le boulot à sa place, tant pis pour elles. Elles n’avaient qu’à prendre des risques, comme elle en avait pris. Elles n’étaient pas nombreuses, il y a vingt ans, à oser ouvrir leur propre cabinet. Il était là, son féminisme !  Pouvait-elle au moins admettre ça, Adèle ? Qu’il ait fallu des Alice pour forcer les portes ? Que grâce à des femmes comme elle, plus personne ne peut dire que les avocates ont moins de talent que leurs confrères masculins ? Merde, ce n’était pas rien !

 

Extrait page 151

Alice était sûre que les jurés la suivraient là-dessus. Qui aime ses années collège ? Cette implacable gare de triage où le chauffeur routier et sa voisine auxiliaire de vie auraient compris que l’école n’était pas faite pour eux et qu’ils ne monteraient pas dans le même train que les autres, plus doués qu’eux. Ce lieu d’humiliation et de ricanements quand la tête apprend mal ou que le corps est trop gros, ou trop maigre, ou trop petit. Ce cimetière d’espoirs pour les parents et ce lieu de déboires pour leurs enfants.  Même pour les bons élèves, c’est un temps que l’on préférerait oublier.

Le collège, c’est la guerre. Héroïne un jour, paria le lendemain. On s’allie, on se trahit, on négocie, on se réconcilie. Et on recommence. Un qui-vive permanent. Aucune victoire n’est jamais acquise. Toutes les gloires sont éphémères. Celle-là même à qui on a juré une amitié, à la vie à la mort, vous sacrifie sans états d’âme à une autre qui semble soudain mieux en cour. Et dans une petite ville, en plus !

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