top of page

Le poids des secrets - Aki Shimazaki

  • Photo du rédacteur: deslivresetmoi72
    deslivresetmoi72
  • 23 avr.
  • 4 min de lecture

Il s’agit d’une pentalogie constituée de 5 courts récits : TsubakiHamaguriTsubameWasurenagusa et Hotaru

Chaque titre évoque un objet ou une anecdote et présente la même histoire d’un point de vue différent. Il s’agit de l’histoire d’un secret de famille, du point de vue des personnages impliqués sur plusieurs générations. Le tout se situe au Japon, dans les années marquées par diverses catastrophes : le séisme meurtrier de Kanto en 1923 suivi du massacre de milliers de Coréens, puis la bombe atomique qui a touché Nagasaki en 1945 sont les évènements qui ont participé à ce secret de famille.

Au cœur de cette intrigue, se trouvent Yukio et Yukiko, qui n’ont que quelques mois d’écart et vont vivre des vies en parallèle, leurs pères travaillant pour la même entreprise : voisins, amis, ils sont liés malgré eux par le secret que Yukiko découvrira la première. Leurs chemins se séparent ensuite, à la mort du père de Yukiko qui survient le même jour que la bombe atomique qui s’abat sur Nagasaki.

 Au fil des tomes, les différents pans de ce secret se dévoilent et nous plongent dans les traditions fortes qui pèsent sur la société japonaise et sur les familles : la place des femmes, les pressions de la tradition sur les familles nobles pour perpétuer le nom et donner des héritiers, le tabou de la stérilité, le racisme et la discrimination envers les Coréens, la vie des civils pendant la guerre… L’ensemble s’étendant sur 3 générations, on perçoit aussi l’évolution de la communication et des relations au sein des familles, ce qui est très bien montré.

Certains éléments de l’histoire sont répétés dans les différents tomes, mais certains récits, points de vue sont plus marquants : le premier, celui de Mariko, mère de Yukio est très fort, ainsi que celui de M. Takahashi qui est le plus surprenant et émouvant puisqu’il est celui qui a le courage de braver le poids des traditions pour imposer son amour à ses parents, contre leur avis.

C’est une jolie lecture, dépaysante et pleine de poésie.

 

Tsubaki


Extrait n° 1

Et la Russie a concédé la victoire au Japon. Le président américain a offert de mener la médiation et a contrôlé ainsi la paix entre les deux pays.— La guerre russo-japonaise a donné une bonne chance aux États-Unis d’envahir l’Asie, n’est-ce pas ?— Oui. Ainsi, la guerre du Pacifique avait déjà commencé avant l’attaque de Pearl Harbor.— Pourquoi on ne peut pas laisser l’autre tranquille ? Pourquoi on n’arrête pas la guerre ?— C’est l’impérialisme qui mène à la guerre.— Mais ce que mon père n’acceptait pas, c’est la justification des Américains : quand il est question de guerre, ils ont toujours raison.— On se justifie pour se défendre des accusations.— La justice, donc, n’est pas importante ?— Il n’y a pas de justice. Il y a seulement la vérité.


Extrait n° 2Si j’avais eu ce nom, Yuki, au lieu de Namiko, ma vie aurait-elle été différente et pire que maintenant ? Qui pourrait le savoir ? Bonne ou mauvaise, comment pourrait-on comparer une vie avec une autre qui n’existe pas ?Enfin, je prends des ciseaux. J’ouvre mon enveloppe et en sors un cahier. Il contient une lettre de ma mère datée de trois semaines avant sa mort.


Extrait n° 3

Au travail, je ne parlais qu’avec une fille qui s’asseyait à côté de moi. Elle s’appelait Tamako. Elle était ouvrière. Des étudiants de mon école me méprisaient de lui parler. En fait, personne sauf moi ne lui adressait la parole. Au début, je ne savais pas pourquoi. C’était une fille ordinaire. Après quelques mois, elle me dit : “Mon frère a été capturé à Saïpan et tué par les Américains. On dit qu’être fait prisonnier, c’est assez honteux ; mais être tué par eux, c’est le pire affront pour un soldat. Mon père dit qu’il ne sait comment s’en excuser auprès de l’empereur. Il est devenu très faible à cause de cela. On dit que mon frère aurait dû se suicider avant sa capture. Mais j’aimais mon frère et je l’aime toujours. Ma mère est aussi très triste.

 

 

Hamaguri


Le lendemain, monsieur M. et moi arrivons à l’hôpital universitaire à neuf heures. Dans la bibliothèque, il me donne une liste de livres. Je les cherche alors qu’il parle avec un médecin. J’en trouve facilement quelques-uns. Monsieur M. commence à prendre des notes.Vers onze heures, il termine son travail. Nous sortons de la bibliothèque et allons à un autre bâtiment en béton. Monsieur M. me dit qu’il voudrait revoir le médecin avant de quitter l’hôpital. En marchant, il salue les infirmières qui nous croisent. Elles nous sourient.Nous entrons dans le bureau du médecin. Au moment où nous l’apercevons debout devant une fenêtre, un éclair éblouissant brille derrière lui. Une détonation suit. C’est la bombe ! On entend les cris des infirmières. Nous nous couchons immédiatement. Monsieur M. me hurle : « Ne bouge pas, Yukio ! » Les fenêtres sont déjà arrachées par le souffle de l’explosion. Le médecin a disparu. Les fragments de verre volent. Les livres tombent sur nous. Les chaises roulent violemment. Je regarde la scène en retenant mon souffle. Je crois que je vais mourir. L’extérieur devient sombre. Puis, un silence sinistre…

 

 

Tsubame


Je ne parle à personne de mon origine. Mon fils croit, comme autrefois mon mari, que ma mère et mon oncle sont morts pendant le tremblement de terre, en 1923. La défaite du Japon et l’indépendance de la Corée n’ont rien changé à l’attitude des Japonais contre les Coréens au Japon. La discrimination est toujours là. Avoir du sang coréen cause des soucis insolubles. Je ne pourrai jamais avouer l’histoire de mon origine à mon fils et à sa famille. Je ne veux absolument pas que notre vie en soit perturbée.

 

Hotaru


J’ai appris quelque part, dans un livre scientifique, qu’il y a des lucioles qui clignotent à l’unisson, et même à un certain rythme. C’est comme un orchestre sans chef. Cette synchronisation était un mystère jusqu’à récemment, les gens pensaient qu’elle se produisait accidentellement. En fait, d’après le livre, le mécanisme de ce phénomène est simple : chaque insecte comporte un oscillateur, comme un métronome, dont le minutage s’ajuste automatiquement en réponse aux flashes des autres. Je crois qu’il n’y a peut-être pas de coïncidences dans ce monde. Il doit y avoir un rapport entre les phénomènes qui arrivent en même temps. Alors quel est le lien entre le motif du meurtre d’Obâchan et celui de Yukiko ?

 

Commentaires


bottom of page