Un jour sans femme - Laetitia Colombani
- deslivresetmoi72

- 22 juil.
- 13 min de lecture

J’ai offert ce livre à ma mère, et elle vient de me le prêter ( d’où l’intérêt d’offrir des livres !). J’avais vraiment adoré La Tresse, roman par lequel j’ai découvert Laetitia Colombani. J’avais d’ailleurs offert La Tresse à pas mal de monde autour de moi…
Dans Un jour sans femme, on retrouve un peu l’esprit de La tresse, à savoir 4 femmes dans 4 pays différents sur 4 continents, à des moments clés de leur vie, qui vont finalement être reliées.
Ce qui les lie : le refus de céder, des revendications féministes telles que la lutte contre les féminicides en Islande, contre l’excision et les mutilations sexuelles sous couvert de tradition au Sénégal, contre la pénalisation de l’avortement et même des fausses-couches (!) au Salvador et contre une société qui demande aux femmes de choisir entre maternité et travail au Japon.
J’ai vraiment eu un coup de cœur pour cette lecture.
Même si ces sujets sont désormais très présents dans la littérature, ce roman me paraît important, en montrant les différentes formes que prend toujours une forme d’oppression des femmes et la nécessité de rendre universelle la défense des droits des femmes. Les 4 femmes dont il est question traversent toutes un drame : Katla a perdu sa meilleure amis, morte sous la violence d’un « fiancé » trop possessif. Michiko subit un harcèlement au travail depuis qu’elle a annoncé sa grossesse. Ana Maria se bat pour sa fille emprisonnée pour suspicion d’avortement. Hawa, médecin urgentiste en France, est de retour au Sénégal après un burn-out et sauve une petite fille victime d’une infection après une excision…ce qui la replonge dans son passé et son propre traumatisme.
Ce que je trouve aussi très intéressant c’est que pour chaque femme, on a aussi la présence et le point de vue d’une mère ou d’une grand-mère, inscrivant les combats des unes dans une histoire familiale et une dynamique générationnelle. Cela montre aussi combien, dans presque toutes les cultures, féminisme et traditions s’opposent, ce qui freine les avancées : les femmes sont alors accusées d’atteindre aux fondements de leur société en défendant leur liberté et leurs droits.
Extrait page 14
Avec l’un des plus forts taux d’emploi féminin au monde, l’Islande est considérée comme un modèle d’égalité ; c’est aussi l’endroit où l’on est le plus heureux, selon les sondages, des études ayant montré qu’une société plus égalitaire induit une espérance de vie plus grande et un niveau économique plus élevé – ainsi Katla conclura-t-elle son exposé.
Extrait page 19
Michiko va devoir présenter des excuses, M. Ogita a été clair sur ce point. Elle s’est montrée égoïste, irrespectueuse envers ses collègues. Elle a bafoué l’ordre de grossesse en tombant enceinte avant elles, alors qu’elle est l’une des plus jeunes du service. A-t-elle seulement pensé à ce qu’allait ressentir Mme Hinata, toujours sans enfant après sept années de mariage et de nombreux traitements ? Quant à la question d’un congé maternité, M. Ogita préfère prendre les devants : la demande sera fraîchement accueillie par sa hiérarchie. L’absence de Michiko désorganiserait l’équipe et porterait préjudice aux autres salariés, chargés d’assumer sa part de travail. Est-il juste de faire peser sur eux le poids d’une décision personnelle ?
Extrait page 20
Puis elle a revêtu son tailleur impeccablement repassé, mis ses lentilles de contact, enfilé ses escarpins fraîchement cirés qui lui font mal aux pieds. Malgré les protestations du mouvement #KuToo2 en 2019, la plupart des entreprises imposent aux femmes de porter des talons ; les chaussures plates ne sont pas tolérées, pas plus que les lunettes, jugées inesthétiques sur un visage féminin. De nombreuses voix se sont élevées contre cette injonction, mais en dépit de la pétition co-signée par des milliers de protestataires, le gouvernement ne s’est pas prononcé, le ministre de la Santé et du Travail estimant qu’il était « nécessaire et raisonnable » pour les salariées de porter des talons.
Extrait page 23
Il va de soi qu’après la naissance, Michiko n’aura plus le choix. Il est mal vu de faire garder son bébé, lui a-t-elle rappelé, en évoquant avec mépris ces jeunes mamans haletantes et paniquées qu’on voit courir le soir en direction des crèches, où chaque retard fait l’objet d’une amende. Un enfant doit être élevé par l’un de ses parents, a-t-elle conclu. Daisuke a approuvé.Michiko n’a pas répondu. Elle est allée se coucher en songeant à ses années d’études, aux efforts qu’elle a dû fournir pour intégrer le meilleur collège, le meilleur lycée, la plus grande université, puis une entreprise renommée. Sa scolarité n’a été qu’une longue course en avant, un marathon épuisant vers un trophée durement gagné, auquel on voudrait maintenant la voir renoncer. Elle se sent comme une Formule 1 lancée à pleine vitesse, contrainte de s’arrêter sur le bas-côté.
Extrait page 50
Jusqu’à quand ? voudrait hurler Katla, qui jure de démolir quiconque osera parler de « crime passionnel », ce terme si mal choisi, trop souvent employé par les médias. De passion, il n’est pas question ; l’amour n’a rien à voir là-dedans. Katla veut appeler la chose par son nom : un crime de possession, de toute-puissance, de frustration, qui ne mérite ni circonstances atténuantes ni pardon.
Extrait page 51
Un célèbre neuropsychiatre français, Boris Cyrulnik, expliquait qu’un petit garçon sur cinq répondait à la frustration par la violence ; il affirmait qu’il était possible d’identifier ces enfants et de les éduquer, afin qu’ils ne deviennent pas des tyrans domestiques, des terroristes du quotidien qui maltraitent et menacent leur entourage. Le mécanisme était réversible, Soffía y croyait. Rendre l’humain meilleur par l’éducation, voilà un projet auquel elle voulait dédier sa vie.
Extrait page 55
A la vue du cercueil en bois verni où repose son amie, Katla est incapable de parler. Que fait-elle donc ici, en ce lieu que Dieu a déserté ? Elle ne croit plus en lui. Soffía aimait tant la lumière, comment accepter qu’on l’enterre aujourd’hui, dans ce cimetière glacé que la neige recouvre en hiver ? Katla sait qu’elle aurait préféré s’envoler, se disperser dans l’air, rejoindre les elfes dans les champs de lave où elles couraient l’été. Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’ils n’existent pas, insistait Soffía, qui croyait au peuple caché. Hélas, elle n’a pas eu le temps d’énoncer ses dernières volontés. On ne fait pas de testament quand on vous assassine à vingt ans.
Extrait page 59
Archétype de la parfaite épouse, Mama a élevé sa fille selon les valeurs traditionnelles, tout en la poussant sur la voie des études. Comme tant d’autres de sa génération, Michiko est écartelée entre deux injonctions contradictoires, celle d’incarner l’ « enfant sage » de son prénom, soumise et disciplinée, et celle de vivre en « femme nouvelle », telle que Raicho Hiratsuka la définissait en son temps : cette féministe avant l’heure militait pour l’autonomie des femmes, clamant leur droit à exister en dehors de la sphère familiale. Si ses prises de position ont connu un fort retentissement à l’époque, le travail des mères reste encore mal considéré au Japon. Des mesures ont été proposées pour faciliter l’emploi des jeunes mamans, mais les autorités les ont abandonnées, estimant qu’elles risquaient de créer des disparités entre les salariés.
Extrait page 68
Lorsqu’elle envisage l’avenir, un malaise l’étreint. Elle a l’impression d’osciller entre deux mondes, dont aucun n’est complètement le sien. Au village, on la voit désormais comme une Européenne : elle est celle qui a choisi de s’en aller. En France, elle est perçue comme une Africaine ; le pays l’a accueillie sans vraiment l’adopter. Où qu’elle aille, la couleur de sa peau passe avant sa fonction et son identité. Dans les couloirs de l’hôpital ou dans ceux du métro, Hawa endure une discrimination qui ne dit pas son nom. Elle pense souvent à Chimamanda Ngozi Adichie, son autrice préférée : « Au Nigeria, je ne m’étais jamais dit que j’étais noire, c’est en arrivant aux États-Unis que je le suis devenue », a-t-elle écrit. Hawa peut en témoigner. Aujourd’hui, elle se demande où est sa place ; elle se sent étrangère, là-bas comme ici. Étrangère à sa propre vie.
Extrait page 80
En observant les troupeaux dans les champs qu’elle arpente fiévreusement, Katla se demande pourquoi l’homme est le seul être du règne animal à exécuter ses femelles. Aucune bête ne fait ça, se dit-elle, et cette pensée décuple encore sa rancœur, sa révolte intérieure. Chaque soir, elle tombe d’épuisement mais le sommeil ne lui offre aucun réconfort, pas même la grâce d’un oubli provisoire.
Extrait page 87
Cette année-là, lors du Réttir, j’ai rencontré ton grand-père. Il était doux, intelligent ; il comprenait mon besoin d’espace et de liberté. On s’est mariés quelque temps plus tard et on a cheminé ensemble, toute notre vie durant.Je n’ai jamais revu mes amies des Rauðsokkur, mais notre action a marqué durablement l’histoire. L’année suivante, le Parlement a voté une loi garantissant l’égalité des droits entre les hommes et les femmes ; nos salaires ont été réévalués. En 1980, pour la première fois dans le monde, une femme a été élue démocratiquement à la tête d’un État. Vidgís Finnbogadóttir a déclaré par la suite qu’elle n’aurait jamais été présidente sans ce jour historique. Puis le Kvennalistinn, le « parti des Femmes », a été officiellement créé. Depuis, notre pays est cité en exemple, en tant que pionnier de l’égalité. Il est plus de minuit lorsque Amma s’arrête de parler. Katla l’a écoutée sans l’interrompre ; sa grand-mère ne s’est jamais montrée si loquace. À l’évocation de la grève, elle a semblé rajeunir, comme si l’énergie de ses vingt ans lui revenait. À travers elle, Katla a l’impression d’avoir aussi vécu les événements ; elle les avait étudiés en classe mais ils demeuraient lointains, un peu abstraits. Ce soir, ils se sont incarnés sous les traits d’Amma et de ses amies.
Extrait page 89
A la fin du mois, elle est convoquée par M. Ogita. D’un air pincé, il lui reproche de n’avoir pas atteint ses objectifs ; ses résultats sont bien en deçà. Des retards ont été signalés, souffle-t-il, mécontent, des rendez-vous n’ont pas été honorés ! Par son attitude désinvolte, Michiko ternit l’image de la compagnie. La jeune femme baisse les yeux, sans tenter de se justifier. Elle pourrait invoquer son état, les nombreux escaliers à gravir, le poids de la valise, les trajets sans fin, mais elle n’en fait rien : on ne contredit pas M. Ogita. Certains sont renvoyés pour moins que ça. Elle se contente de bredouiller qu’elle est désolée. Son supérieur n’attend pas qu’elle ait terminé. Malgré cette déception, la direction a décidé de lui accorder une autre chance, reprend-il, en la réaffectant au service marketing. Le regard de Michiko s’éclaire : elle va retrouver sa place dans l’équipe, son poste et sa fonction… L’espoir est de courte durée. Une nouvelle salariée vient d’être recrutée pour la remplacer, ajoute M. Ogita, et occupe désormais son bureau. À cette annonce, Michiko vacille et manque de tomber. Mais un poste d’assistant est vacant, complète-t-il aussitôt, en précisant qu’il sera naturellement moins rémunéré que le précédent.
[…]
Ce n’est pas la position de Yuki qu’elle admire, ni sa popularité, ni même les gains financiers qu’elle tire de son activité, qui fascinent tant les adolescents. Ce que Michiko envie, c’est son audace, son impertinence, cette façon de s’affranchir des codes et du regard de la société. Son idole mène la vie qu’elle a choisie ; elle dit ce qu’elle pense et pense ce qu’elle dit.
Extrait page 100
Entre eux, il y a un océan de non-dits, une mer entière de regrets. Il se contente de lui demander comment elle s’est retrouvée là, en pleine nuit, avec cette petite dans les bras. Hawa lui raconte l’irruption de la jeune mère chez Tantie Bah, puis sa fuite… Elle ne sait rien de l’enfant, pas même son prénom. Le drame tient en un mot : excision.
Extrait page 108
En songeant à sa fille en prison, à sa mère épuisée devant son poste de télévision, Ana María se voit comme un petit maillon dans une longue chaîne de soumission, qui se perpétue au-delà des âges, de génération en génération. Derrière sa machine, elle a parfois le sentiment de n’être plus une femme mais une simple paire de mains, qui pique et coud inlassablement. Son être tout entier se réduit à cette tâche qui n’est pas même une fonction et ne lui offre aucun avenir, aucun espoir d’évolution. En vingt-cinq ans, elle n’a rien appris d’autre que ce geste qu’elle répète à l’infini chaque jour, et dans ses rêves chaque nuit. Il lui semble pourtant que quelque chose frémit, au cœur même de l’atelier.
En s’endormant ce soir-là, Ana María se sent parcourue d’un frisson inédit. Toute sa vie, elle a courbé l’échine, enduré les épreuves sans protester. Le moment est venu de relever la tête. La révolte des manches ne fait que commencer.
Extrait page 112
Là, à l’endroit même où se tenait sa grand-mère, Katla est prise d’une idée. Elle conçoit un projet fou, démesuré : une grève des femmes dans le monde entier. Un mouvement à l’échelle internationale pour rappeler que l’égalité n’est toujours pas acquise, que partout les femmes sont menacées, tuées, privées de liberté. Si, à l’époque, Amma et les Rauðsokkur sont parvenues à mobiliser neuf femmes sur dix dans le pays, Katla imagine comment la grève pourrait se propager aujourd’hui, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, partout sur la planète.
Extrait page 116
Elle reste de longues minutes pliée en deux, avant que les contractions ne commencent à s’espacer. Son ventre finit par s’assouplir, comme si son bébé, au creux d’elle-même, l’avait entendue et se conformait à sa volonté. Michiko sait toutefois qu’il lui envoie un message qu’elle ne pourra longtemps continuer à ignorer. Lors de la précédente visite médicale, l’obstétricien l’a trouvée épuisée. Il lui a délivré un arrêt de travail qu’elle a rangé dans son sac. Elle a attendu d’être dans la rue pour le déchirer et le jeter dans la première poubelle venue. En rentrant, elle n’a rien dit à Daisuke, prétendant que tout allait bien. Au fond d’elle, elle refuse d’abdiquer. Son obstination est la seule chose qu’il lui reste, son seul espace de liberté. Partir, prendre un congé, c’est donner raison à M. Ogita, qui répétera qu’une femme enceinte n’est pas fiable et qu’on ne peut rien lui confier. Il la poussera à démissionner ou la licenciera – bien qu’illégale, la chose se pratique couramment. En tant que jeune maman, Michiko aura du mal à retrouver un emploi. Quoi qu’elle fasse, elle est piégée. Elle voudrait s’emparer d’un micro et se mettre à hurler, pousser un cri si puissant qu’il ferait trembler les murs, se propagerait dans les couloirs et les bureaux, briserait les vitres et les miroirs, assourdirait M. Ogita, Mme Kabuki et toute la compagnie. Hélas, Michiko n’a rien d’une star ni d’une héroïne de série ; elle n’a pas la hargne de Retsuko ni le franc-parler de Yuki.
Extrait page 123
L’enfance d’Hawa s’acheva ce jour-là, dans la forêt, à l’heure précise où le couteau mutila sa chair. Il ne fit pas qu’entamer son corps ; il saccagea aussi la confiance et l’amour qu’elle portait à sa mère. À compter de ce moment, Hawa n’éprouva plus ni peine ni joie ; elle devint absente à elle-même, dissociée. Coupée en deux, au sens propre comme au sens figuré.
Extrait page 130
Les ouvrières se divisent bientôt en deux camps : celles qui suivent Ana María et les autres, qui fustigent son projet. Un matin, en arrivant, elle trouve une série d’épingles disposées sur sa chaise ; un autre jour, sa machine à coudre déréglée, ses bobines de fil emmêlées. Autant d’avertissements qu’elle s’efforce d’ignorer. Elle sait que le gérant se cache derrière ces manœuvres, qu’il n’hésite pas à glisser çà et là quelques billets afin de saboter le mouvement.
Extrait page 150
C’en est assez. Trop longtemps, Hawa s’est cachée sous une blouse et un masque. Elle doit sortir de l’ombre, à présent. Si je ne parle pas, qui le fera ? se dit-elle. Certainement pas les fillettes qu’on mutile dès leur plus jeune âge. Certainement pas les médecins peu scrupuleux qui en tirent profit. Certainement pas les agents de police corrompus qui ferment les yeux en échange d’un billet. Certainement pas les gouvernements qui ignorent comment faire appliquer la loi. Certainement pas les hommes qui ne se sentent pas concernés et n’ont pas envie de savoir ce qui se trame dans les forêts. Il est plus facile de se voiler la face, de faire comme si de rien n’était.Elle doit briser la loi du silence, elle, Hawa, médecin et petite-fille d’exciseuse, issue de cette caste des forgerons qui forme les coupeuses, née du ventre même de cette tradition. Elle a sauvé Coumba et Coumba, à son tour, va la sauver, la délivrer d’un poids, d’un fardeau trop longtemps porté.
Extrait page 161
Elles restent tard dans l’amphithéâtre, tantôt émues aux larmes, tantôt riant aux éclats. Il est près de minuit lorsqu’elles se séparent. Elles promettent de se revoir le 8 mars, sur la colline d’Arnarhóll : toutes seront là. La grève c’est comme le vélo, leur lance Amma dans un sourire, ça ne s’oublie pas
[…] Après les discours, on s’est mises à chanter, poursuit Gudrún, en entonnant un air que Katla entend pour la première fois mais dont elle connaît déjà les paroles, qui font écho à la banderole d’Amma : « Est-ce que j’ose, est-ce que je peux, est-ce que je ferai ? » Toutes reprennent en chœur : « Oui j’ose, oui je peux, oui je ferai ! » Cet hymne a plus de cinquante ans, mais il leur revient intact, aussi puissant qu’autrefois.
Extrait page 181
… un mois, conclut-il, ajoutant simplement qu’il est désolé. L’annonce fait l’effet d’une bombe. Ana María est sous le choc. Si elle savait que la menace d’une fermeture existait, elle était loin d’imaginer que le gérant en arriverait à cette extrémité. Autour d’elle, c’est la consternation. Certaines se mettent à pleurer ; d’autres restent hébétées.Le vigile leur ordonne de quitter le hangar sans tarder. Dehors, Ana María est prise à partie par un groupe de couturières. L’une d’elles l’accuse d’avoir provoqué la faillite en les entraînant dans son maudit projet. Comment retrouveront-elles un emploi ? hurle-t-elle. Elles n’ont pas fait d’études, la plupart ne sont pas allées au lycée… Elles sont maintenant connues comme des fauteuses de troubles, personne ne voudra les engager ! Ana María s’apprête à répliquer mais l’autre se met à l’insulter. Candelaria intervient, la dispute s’envenime. Elles en arrivent aux mains. L’altercation vire au pugilat. Au milieu de la mêlée, Ana María tente de se protéger, lorsqu’elle reçoit une pierre en plein visage, qui la fait chanceler.Malgré le choc et le sang qui l’aveugle, elle parvient à grimper dans le bus pour rentrer. En la voyant revenir dans cet état, Marcia s’affole, mais Ana María la rassure : la plaie n’est que superficielle. Les mots des ouvrières, en revanche, l’ont profondément blessée. Ana María sait qu’elles ont raison ; elle les a entraînées dans un combat trop grand pour elles, elles n’étaient pas de taille à lutter. L’espace d’un moment, elle s’est senti pousser des ailes. Le retour à la réalité n’en est que plus violent.
Extrait page 239- FIN
À l’heure où j’écris ces lignes,une femme est assassinée toutes lesdix minutes dans le monde par un conjointou un membre de sa famille. Selon l’ONU,ce chiffre est actuellement à la hausse.Une petite fille est excisée toutesles 15 secondes.Des peines de trente à cinquante ans d’enfermement sont toujours appliquées,au Salvador et dans d’autres pays,en cas de fausse couche ou d’avortement.Selon l’OMS et l’ONU, une femmesur trois a déjà subi des violences physiquesou sexuelles. Ce chiffre représente prèsd’un milliard et demi de personnes.




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