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Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale - Titiou Lecoq

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    deslivresetmoi72
  • 26 juin
  • 11 min de lecture

Livre prêté par ma fille, juriste engagée dans la cause de la défend=se des droits des femmes, le jour de la fête des mères. Message caché ? Message reçu !!!

Comme l’indique le titre, Titiou Lecoq s’intéresse à la répartition des tâches domestiques au sein du couple et de la famille et décortique tout ce qui est sous-jacent dans le fait, clairement établi, que les femmes endossent la plupart de ces tâches. C’est à la fois facile à lire et bien documenté, plein d’humour et sans concession, pour les hommes certes, mais aussi pour les femmes en partie responsables de ces inégalités profondément ancrées dans les sociétés.

Je me suis retrouvée, vraiment, dans les constats et j’ai trouvé les explications très justes, éclairantes…Il n’y a plus qu’à….trouver comment remédier à tout ça. Pour moi, divorcée et vivant seule maintenant, ça passera par l’éducation : enseignante en primaire, sensibiliser dès le plus jeune âge à l’égalité filles-garçons, repérer les biais présents dès le plus jeune âge, lutter contre toutes les formes de sexisme à l’école, tous ces sujets me semblent maintenant essentiels à aborder dès le plus jeune âge en s’adressant autant aux filles qu’aux garçons !

 

Extrait page 13

J’ai pris ma première vraie claque quand j’ai commencé le journalisme. Les conditions avaient changé : non seulement j’aspirais cette fois à une forme de reconnaissance, mais, en prime, les remarques gloussantes venaient d’hommes intelligents qui, considérais-je, auraient dû comprendre tout de suite que nous étions des égaux. Mais, à l’époque, j’ai fait une erreur d’analyse. Plutôt que d’y voir des hommes parlant à une femme, j’y voyais des vieux s’adressant à une jeune. Parce que, si je ne me définissais pas spontanément comme femme, je n’avais aucune réticence sur l’étiquette « jeune ». De toute façon le sexisme me paraissait être un truc de vieux un peu ringards. Alors, pendant plusieurs années, j’ai mis l’illégitimité naturelle que semblaient avoir mes prises de parole sur le compte de mon âge. Il a fallu du temps pour que je réalise que cette discrimination était en réalité « intersectionnelle ». J’étais assez jeune et femme.

Kimberlé Crenshaw, l’élaboratrice de cette notion, est une juriste qui a travaillé d’abord sur des cas de discrimination très concrets. Des femmes noires qui voulaient mener des actions en justice ont découvert que, si elles plaidaient qu’elles étaient discriminées parce que noires, on leur répondait que ce n’était pas le cas des hommes noirs de l’entreprise, et si elles plaidaient en tant que femmes, on leur sortait l’exemple d’autres femmes, blanches, qui ne rencontraient aucun problème. La notion d’intersectionnalité permettait donc de rendre compte de leur cas particulier, de la manière dont elles étaient victimes d’une double assignation cumulative.

 

Extrait page 24

Ça demande aussi des efforts de la part des femmes. Pour débusquer les automatismes sexistes dans la vie de tous les jours, les femmes doivent commencer par changer leur propre comportement parce que, au même titre que les hommes, nous avons intériorisé des attitudes sexistes. Le sexisme ne se dissout pas dans les œstrogènes. La mécanique qui mène à des rapports amoureux déséquilibrés se met en place à deux. Pendant longtemps, ce déséquilibre a été analysé en suivant la phrase d’Engels, dans L’Origine de la famille, de la propriété et de l’Etat : « Dans la famille, l’homme est le bourgeois, la femme le prolétariat. » Mais la situation actuelle est plus complexe. Si l’homme en couple tire toujours profit du travail gratuit de sa partenaire, c’est davantage avec un flegme aristocratique. En réalité, la femme est devenue la chef qui se donne à elle-même des ordres à exécuter. Et elle est une patronne particulièrement vache. Si l’aliénation des femmes se poursuit, souvent sous des formes plus diffuses, elles sont devenues leur propre oppresseur. Comment se libère-t-on de soi-même ? On ne peut pas descendre dans la rue manifester contre nous-mêmes.

Et puis, il est difficile de renoncer à son royaume. Dans leur maison, les femmes endossent simultanément deux rôles en apparence contradictoires : elles sont les servantes et les reines. Elles vont décider où on range les choses, comment on organise l’espace, comment on décore. Ce n’est pas si évident d’abandonner une partie de ses prérogatives – d’autant qu’au travail elles sont rarement en situation de pouvoir. C’est comme s’il y avait rattrapage des espaces d’influence. Finalement, cela peut paraître plus confortable de se plaindre d’être la bonniche et de devoir tout faire, sans laisser à l’autre la possibilité réelle de faire.

 

Extrait page 26

Et c’est précisément là que se situe l’arnaque, dans la subtile différence sémantique qui sépare « juste » de « égal ». Nous avons perverti la notion même d’égalité. Celle-ci voudrait que les tâches soient partagées à 50/50 entre les deux membres du couple. Simple et logique. Mais nos esprits ne fonctionnent pas du tout sur ce schéma. Là où les statistiques comparent selon le principe d’égalité entre conjoints, dans notre vie, nous pratiquons des comparaisons intrasexe. On va se dire que, même si notre couple n’est pas à égalité, on n’a pas à se plaindre par rapport à ce que c’était avant, par rapport à nos parents ou à nos amis. Ainsi, chaque femme se jugera chanceuse en comparaison d’une autre femme (on en trouve toujours une chez qui c’est pire) et les hommes trouveront qu’ils en font plus que les autres ou que leur propre père. Imaginez si on faisait la même chose avec les salaires. On ne comparerait le salaire d’une femme qu’en fonction des autres femmes et des autres époques, jamais de celui d’un homme. On renforcerait les inégalités salariales. Et bien, c’est exactement ce que l’on fait dans le privé. Et c’est ce qui engendre un aveuglement partiel des couples sur leur situation personnelle.

 

Extrait page 49

En dehors de la différence quantitative, il y a également une différence dans la nature des actions face à la saleté. Les femmes ont davantage une attitude préventive. Elles préfèrent nettoyer et ranger régulièrement avant que la saleté et le bordel ne s’installent. Les hommes ont des actions curatives. Ils choisissent de faire le ménage quand la malpropreté est visible et odorante et quand ils ne trouvent plus ce qu’ils cherchent. Les gestes de ménage ont donc en eux-mêmes un genre.

 

Extrait page 71

S’assurer de transmettre aux femmes de bonnes valeurs ménagères, c’est aussi s’assurer de leur vertu. Il y a dans ce bourrage de crâne toujours le même intérêt à la fois très moral et pragmatique : tenir les femmes en permanence occupées. La bonne ménagère trouve toujours quelque chose à faire dans sa maison, elle fuit l’oisiveté. Pour la convaincre, on la menace. L’harmonie de sa famille dépend de l’ordre de son foyer. Une mauvaise ménagère met en péril son mariage. Les livres de l’époque sont remplis d’histoires édifiantes de vies malheureuses. On peut se moquer de leur idiotie, il n’empêche qu’ils forment un substrat intellectuel qui continue d’alimenter les comportements de nombreuses femmes.

A toutes celles qui s’étonnent de mal supporter le désordre, dites-vous que, après l’Eglise, l’Etat s’est donné un mal considérable pour former artificiellement ce trait de caractère. (Artificiellement, puisqu’il n’y a aucune raison biologique pour que les femmes rangent).

[…]

Dans l’ouvrage scolaire La fillette bien élevée, paru en 1901, on peut lire : «  il faut qu’elles prennent de bonne heure des habitudes qui leur deviennent une seconde nature, de bonnes habitudes qui exercent sur elles pour toute leur vie une tyrannie bienfaisante. » une tyrannie bienfaisante. On ne pouvait pas mieux dire. Une tyrannie qui continue de s’exercer un siècle plus tard. Un autre trait moral sur lequel l’enseignement ménager insiste lourdement, c’est l’acquisition de comportements, de dévouement. Il ne s’agit pas seulement de prendre soin des autres, mais carrément de s’oublier soi-même au profit de l’autre. Dans un autre ouvrage scolaire, Suzette, livre de la maîtresse, on lit : « Son rôle en un mot est de s’oublier et de se sacrifier pour tous. » Voilà qui a le mérite de la clarté. Les tâches ménagères deviennent véritablement l’expression du dévouement des femmes, de leur oubli de soi au profit des autres.

 

Extrait page 105

Nous n’avons pas fait de choix. Nous sommes de grosses cumulardes. L’émancipation des femmes a eu une nature cumulative. On n’a pas mieux partagé les tâches. On a promis, on s’est promis à nous-mêmes, qu’on continuerait à faire ce que faisaient nos mères + nos pères. Nous travaillons, mais nous voulons nous occuper de nos enfants. Le problème, c’est que nous sommes les reines de la culpabilité. On cherche à compenser d’un côté (ne pas demander d’augmentation pour faire oublier qu’on a été absente pour cause d’enfant malade) et de l’autre (multiplication des activités en famille les week-ends pour faire oublier qu’on a travaillé toute la semaine). On dirait qu’on a une vrille dans le cerveau qui ne nous fait voir que ce qu’on ne fait pas. On s’occupe plus de nos enfants que nos parents ne l’ont pas fait avec nous (sans que ça nous rende irrémédiablement malheureux d’ailleurs) et on a encore l’impression qu’on les néglige. Mais pourquoi ?

 

Extrait page 129

Plusieurs études ont également noté une différence étonnante. Si être mère est un facteur bloquant dans une carrière, il semblerait qu’être père ait l’effet exactement inverse. Les pères gagnent en moyenne davantage que les hommes sans enfant. Les inégalités salariales se présenteraient donc dans cet ordre croissant : père, homme sans enfant, femme sans enfant, mère. Enfin, il faut que le changement ait lieu à l’échelle de la société, dans ses infrastructures, avec un vrai service public de la petite enfance et une reconnaissance des personnes qui y travaillent.

 

Extrait page 175

Ainsi de l’idée de mettre en place des wagons réservés aux femmes dans le métro. Oui, les transports en commun, pour une femme, c’est chiant. Mais cette solution entérine l’abandon de l’espace public pour les femmes. Elle revient à en privatiser une partie pour recréer un espace domestique plus sûr. Et c’est précisément parce qu’elle fait appel à nos vieux réflexes de repli que cette idée peut paraître séduisante. Mais la résolution du problème ne peut pas passer par cette voie. Au contraire, il s’agit d’une solution de court terme qui aggrave la situation sur la durée en rendant les femmes dans le regard des hommes et d’elles-mêmes fragiles et vulnérables.

Je ne vais pas vous dire qu’il faut délibérément vous mettre en danger par conviction féministe. On ne va pas pousser des ados en minijupe à 2 heures du matin dehors en leur disant : « Allez, approprie-toi l’espace public », alors qu’on ne les y a pas préparées. Ce que je ne supporte pas, c’est une société qui d’un côté répète aux filles qu’elles doivent être sexy, et de l’autre qu’elles doivent faire attention à ne pas attiser le désir, qui considère que l’égalité homme / femme est acquise et qui trouve normal que la liberté de circulation de la moitié de la population soit entravée, qui fasse preuve d’une telle mansuétude envers les agresseurs parce qu’on préfère tous détourner le regard quand un connard vient emmerder une fille dans le bus, qui partout inculque aux filles l’idée que, si elles se font attaquer, elles seront trop faibles pour se défendre et que, si elles se font violer, elles ne s’en remettront jamais. On ne nous dit pas que nous sommes en danger potentiel et qu’il faut apprendre à se défendre. On nous serine l’inverse, vous êtes en danger et, s’il vous arrive quelque chose, vous ne pourrez pas vous protéger. Notre faiblesse n’est même plus une donnée physique, elle est devenue mentale. On nous a appris qu’une fille, c’était faible. Et on l’a appris aussi aux garçons.

 

Extrait page 180

Carla Casagrande trace un résumé qui permet de s’interroger sur ce qui a survécu jusqu’à nous dans la construction du genre féminin : « Chasteté, humilité, modestie, sobriété, silence, travail, miséricorde, contrôle : au fil des siècles, les femmes ont entendu ces mots sans cesse répétés. Elles les ont écoutés dans les sermons des prédicateurs à l’église, elles les ont retrouvés dans la bouche de leurs proches à la maison, dans les livres qui s’écrivaient pour elles. Les femmes qui écoutaient ces mots étaient diverses et souvent distantes entre elles : reines, religieuses, riches bourgeoises, pauvres paysannes, servantes, mères de famille, jeunes filles. » C’est le modèle de la femme gardée dont le maître mot est le contrôle qu’elle doit avoir sur elle-même – un contrôle que l’on n’exige pas de la part des hommes.

Sur eux pèsent d’autres exigences qui construisent le genre masculin et l’idéal de virilité et ils vont devoir aussi se poser la question de les déconstruire. Les deux genres fonctionnent de concert, modifier l’un entraîne inévitablement de repenser l’autre.

 

Extrait page 193

En janvier 2017, la revue Science rapportait une nouvelle étude américaine. L’une des expériences consistait à raconter à des enfants l’histoire d’une personne très intelligente, sans préciser son sexe. Interrogés ensuite pour savoir s’ils pensaient qu’il s’agissait d’une femme ou d’un homme, les enfants de 5 ans avaient tendance à identifier leur propre genre, les filles répondaient ainsi une femme. En revanche, à partir de 6 ans, la majorité des enfants, tous sexes confondus, répondait un homme. En cinquante ans, la situation n’a donc pas évolué, tout simplement parce que l’on n’a pas travaillé dessus. C’est pour cela que des démarches comme celle de Pénélope Bagieu, qui, à travers ses albums Les Culottées, présente de nouvelles images de la femme, crée de nouvelles associations ( femme et astronaute, femme et informaticienne, etc), sont essentielles.

 

Extrait page 195

Pour être libre, il faut libérer nos esprits de la charge mentale, arrêter de se dévaloriser et surtout d’avoir peur. Peur d’échouer, de viser trop haut, de ne pas être à la hauteur, de dire une bêtise, de parler, de ne pas être habillée comme il faut. En 1974, la journaliste Françoise Parturier publiait une Lettre ouverte aux femmes. La liberté ne se demande pas, Madame, elle se prend… Il n’y faut que de l’audace et de la solidarité. Or, ce sont justement les deux qualités qui vous manquent le plus. Vous n’osez pas oser. Vous avez peur, peur de ne pas pouvoir, peur d’être empêchée, peur d’échouer, peur d’être punie, peur de manquer, peur d’être seule, peur d’être ridicule, peur du qu’en dira-t-on, peur de tout. […]

Vous restez enfermées dans un réseau d’habitudes et de réflexes mentaux si forts, si puissants, que vous vivez prisonnières dans un monde libre. Prisonnières de vous-même, ou plutôt d’une idée de vous-mêmes. Prisonnières du mot femme. »

 

Extrait page 205

Nous sommes à la fois très loin et très proches de l’égalité. Le chemin parcouru en un laps de temps aussi court est ahurissant. Ce que les femmes ont accompli en 70 ans, voire en 40 ans, est exceptionnel. Ce devrait être une source de motivation pour poursuivre – pas une raison de s’arrêter au milieu du gué et regarder ailleurs. Il est temps de se réveiller. Il ne s’agit pas de se contenter de jouer un rôle de vigie pour préserver les acquis, mais d’avancer. Et cela nécessite d’essayer d’imaginer le monde tel qu’il pourrait être plutôt que tel qu’on nous le donne à voir.

Parce que afficher les symboles de l’égalité, notamment à travers le travail des femmes, ce n’est pas l’égalité. Observer que les écarts de salaire diminuent, ce n’est pas l’égalité.

 

Extrait page 206

Notre premier ennemi, il est intérieur. C’est nous-même. Homme ou femme, nous avons intériorisé nombre de comportements qui entraînent la permanence de ces inégalités. Et la vie quotidienne, avec son cortège de petits gestes hors de la conscience, avec ses fatigues, avec ses nécessités de faire vite, avec sa flemme de s’engueuler, la vie quotidienne avec tous ses automatismes qui se mettent si vite en place, notre vie donc est le meilleur terreau pour que grandissent les inégalités. On n’aura peut-être pas toujours le temps, le courage ni même la lucidité de lutter chaque jour. Mais ne serait-ce que de temps en temps se poser pour s’interroger, pour questionner les évidences et essayer de modifier le fonctionnement bancal du quotidien, c’est déjà un premier pas.

[…] Jamais aucune mise en avant des hommes qui décident de devenir puériculteurs et de travailler dans les crèches. Ils sont suspectés de déviance par rapport à l’idéal viril qu’ils déchoient. Ce sont d’ailleurs majoritairement les hommes qui ont ces préjugés. Dans un sondage de 2014, à la question : « Les femmes sont -elles de e infirmières que les hommes ? » 23% des femmes disaient oui, et 44 % des hommes. De même, à la question : « Feriez-vous autant confiance à un homme qu’à une femme pour s’occuper des enfants dans une crèche ? » 89% des femmes répondaient oui, mais seulement 73 % des hommes. Cela signifie que des hommes pensent qu’ils sont moins capables.

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