top of page

Tressaillir - Maria Pourchet

  • Photo du rédacteur: deslivresetmoi72
    deslivresetmoi72
  • 16 mai
  • 6 min de lecture

C’est un livre que j’avais mis de côté après en avoir entendu une présentation dur France Inter. Quand je l’ai commencé, je ne savais plus trop de quoi il retournait : C’est le récit d’une femme, mère d’une fillette de 6-7 ans, en plein questionnement sur sa relation avec son mari. Elle le quitte, peine à reprendre sa vie en main, erre entre nostalgie de son adolescence, envie de « profiter » de son retour au célibat et idéalisation de la vie de famille à laquelle elle a tourné le dos.

Ce livre m’a plutôt déçue, ne m’a pas embarquée…Je suis allée au bout mais j’ai bien failli arrêter au premier tiers, la fin est plutôt mieux réussie d’après moi. J’ai trouvé que c’était, alternativement, assez répétitif et décousu… peut-être en miroir avec les émotions et sentiments de la narratrice qui semble livrer « en vrac » toutes ses pensées et ruminations. Les personnages secondaires restent très superficiels. Ce livre ne me laissera pas grand souvenir.

 

Extrait n°1

Fines herbes en barquettes hors-sol à Paris, il s’agit du vivant dans sa fondamentale précarité et moi j’ai la main nucléaire. En matière de jardin, je te soigne, tu crèves. Mais enfin j’ai promis. Le basilic, la ciboulette, la menthe abreuvés, j’ai bientôt hydraté le balcon dans les temps, m’étant appliquée à respecter les quantités sans que l’eau déborde des soucoupes sous les poteries. Car ultime visée de ma vespérale tannée, épargner les vitres du troisième étage de ces traînées aqueuses et jaunasses qui font mécaniquement monter chez nous la voisine toute retournée, enragée de transparence perdue, de chiffon à recommencer tous les jours. Aussi me suis-je engagée à arroser sans déluge.Dans l’ensemble, je promets beaucoup de choses à beaucoup de monde.


Extrait n°2

Je suis partie sans parvenir à m’expliquer. Pour dire quoi ? À propos des fins, n’importe quelle version est un faux et je n’ai rien trouvé sur le moment. Rien d’assez fort ou d’assez clair, rien surtout qui fût à la hauteur de l’événement : défaire sa vie.Je suis partie, c’est tout.

Non, pas c’est tout, je sais. J’ai quitté un homme, un foyer et un lieu. Personne ne part et c’est tout, ou alors c’est autre chose, des enlèvements, des gens qu’on retrouve plus tard, morts. Je suis partie comme tout le monde, sans réfléchir, secouée par l’instinct de survie dont je ne sais pas grand-chose.


Extrait n°3

Je me fais pleuvoir des questions réalistes comme des claques. À mon âge et vu mes limites, quitter un type qui ne vous tape pas dessus relève-t-il ou non de la démence ? Invoquer sérieusement le désamour, pauvre folle, n’est-ce pas vivre dans un roman, planer ? Avoir à soi son homme sapiens et le jeter comme une ferraille, mériterais-je à nouveau la clémence de l’univers.


Extrait n°4

Mais ce soir le qu’est-ce-que-je-vais-devenir est arrivé dans ma bouche comme arrive un tube, d’une minute à l’autre et c’est plusieurs fois dans la nuit à cent trente balles que ça chante. Qu’est-ce que je vais devenir, qu’est-ce que je vais devenir. Je ne dors pas. Pour dormir il faudrait pouvoir répondre à la question qui précisément me tient en éveil. Déjà dix jours comme ça, de liberté donc, comme dirait l’autre. Je ne m’ennuie pas, j’ai une occupation énorme. La

passion que je pratique depuis toujours, avant même le langage, avant la honte et l’écriture. La peur.

Il me faut une maison, j’ai peur d’être incapable d’en trouver une, il faudra bientôt à Lou les vacances et j’ai peur de ne pouvoir en prendre, j’ai peur de ne plus savoir partir de quelque part vers ailleurs. J’ai peur de découvrir une insondable impotence. J’ai peur de regretter. J’ai peur de revenir. J’ai peur de décevoir des gens sans bien savoir qui. Je ne sors pas, tout est trop loin ou trop cher. J’ai peur de me perdre.


Extrait n°5

À l’angle de la rue, une pharmacie que je laisserai dans mon sillage. Je ne peux pas prendre de médicaments car je compte sur la douleur comme une boussole. Si je ne souffre plus, comment saurais-je quand je vais bien.


Extrait n°6

Le dernier jour, il lui avait balancé quelque chose comme pour qui tu te prends ? et lui avait promis qu’elle allait « le payer cher ». Il ne savait pas précisément à quoi il pensait mais il le pensait très fort

Et elle lui avait dit je ne te prends rien à toi, je prends ma liberté. Il s’était marré, sincèrement en plus. La liberté, sérieux ? Ma pauvre fille.


Extrait n°7

Je me couchai, fantasmant le travail d’électricien du cachet, infime lutin en salopette bleue hésitant à connecter le fil rouge au fil vert, puis débranchant dans un éclair de génie le nerf du chagrin pour faire de moi la brute qui demain saurait se trouver un toit, du travail et une marche à suivre.


Extrait n°8

Nous traversons un bout de la Champagne, terres pâles et déconcertantes de platitude où tout est bas. Les bosquets, les maisons, les plafonds, les vignes. Même le ciel paraît trop près, jaloux, toujours à couver ses raisins.


Extrait n°9

Bien sûr ce projet de contribution au Carnet Psy joue beaucoup dans l’intérêt qu’il porte au cas Darras, mais précisément, ce projet égoïste et dissimulé à la patiente ne devient-il pas prioritaire sur le soin qu’il lui doit ? Troisième problème. En gros, il lui fait faire des trucs casse-gueule, prendre des trains fantômes, risquer des crises maniaques à dix milligrammes de vortioxétine en plein désert médical, afin de nourrir son article à lui d’observations qu’il fera d’elle dans des états pas possibles. Eh bien c’est moche. Ariel ne se ménage pas. C’est ça que tu fabriques petit con, trois ans de pratique à peine et déjà tu chies dans la colle.


Extrait n°10

Eh bien, Lucie, l’écrivaine lui a tapé sur les nerfs, comme beaucoup de monde en effet, mais singulièrement. Le genre qui pense que juste en apparaissant dans l’encadrement d’une porte, elle marque des points. Qui part du principe – comme la boulangère, remarque, donc ça doit être fondé quelque part – que les mômes ont de la chance qu’elle vienne. Qui joue la crevée qui doit se tenir aux murs, qu’a rien bossé et compte sur les questions de ceux qui sont pas payés pour, mais seraient censés avoir préparé. Sans compter la façon de parler, limite audible, avec des silences de mille ans comme les gens qui savent qu’ils ont le droit de prendre leur temps. Bien sûr personne se faisait chier à demander qu’elle répète, trois rangées sur cinq sauront jamais à quel point elles n’ont rien raté. Bref, toute l’arrogance du hors-sol tête à claques qui voudrait quand même te faire croire qu’il est natif. C’était le pompon, ça, qu’elle était du cru. Tout ce qu’elle avait dans les mains, le stylo, un genre de carnet en cuir, un foulard avec des couleurs criardes, tout avait un prix dément et elle te tripotait tout ça avec un naturel qui s’apprend pas, tu l’as ou tu l’as pas, en te bricolant la pseudo-légende de la pauvre fille qui doit voler ses fringues. Même Wolf était gêné pour elle, elle a rien vu. Elle s’est fendue d’un couplet au son de je suis des vôtres, déballant des soi-disant souvenirs à se coller une balle de honte. Et la prof de lettres qui l’a pas comprise, et le prof de philo qui lui a appris à réfléchir, et qu’elle souhaite que ça nous arrive… La meuf a quatre cents ans. Aujourd’hui les profs ils s’occupent d’éviter les coups de couteau qui peuvent arriver n’importe quand et pour sauver un jeune, faudrait déjà que le jeune candidate. À part Lucie, ils sont tous satisfaits de leur sort, et quand elle les contemple, tout contents d’avoir une connexion Internet, un plan cul par an et quelques cours pas annulés, et qu’elle imagine que c’est la même génération qu’elle va retrouver toute sa vie, à la fac, au taf, elle a envie de se faire cryogéniser.


Extrait n°11

J’ai trouvé ce que j’étais venue regarder en face, la peur. La peur à l’endroit même où elle a pris des formes si monstrueuses qu’elle m’a poussée hors du bois, imposant le tracé d’une fuite continue devant l’invisible. Le danger de mort, d’une mort quelle qu’elle soit.         La mort de Grégory a irradié les enfants à la ronde d’une vérité monstre qui fit légende. Ici d’une manière ou d’une autre les enfants meurent auprès des leurs. On peut. Personne, nul psychologue, n’est venu dans les écoles à l’hiver 1984 dire après ça quelque chose d’encore plus fort pour limiter, dans nos nerfs, nos histoires secrètes, l’effusion du scandale. Il n’y avait rien à dire, j’imagine. Mais à chaque fois que j’y entre, ici, le scandale insiste. Je fais partie des irradiés, j’ignore combien nous sommes à ne pas revenir ni pour Noël ni pour l’été. Parce qu’on ne revient pas frôler le cœur nucléaire pour le plaisir, ce ne sont pas des vacances.

 

Commentaires


bottom of page